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Jérôme Laloux, histoire d'une reconversion accomplie

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Après 5 ans comme ingénieur chargé d'affaires en génie électrique, Jérôme Laloux a rapidement souhaité mettre du sens dans sa vie. Il prend un virage professionnel, avec quelques sorties de route à travers le monde pour se nourrir d’expériences en agriculture, permaculture, biodynamie, transformation… pour finalement s’installer sur la ferme familiale près d’Arras, qu’il passe très vite en bio. Histoire d’une reconversion accomplie.

Grandir à la ferme est une chance formidable, mais à l'époque, son entourage et les mentalités ne l'incitent guère à devenir agriculteur. Pourtant, la perspective de sa reprise ainsi qu’une quête de sens dans son travail ont conduit Jérôme Laloux à changer de parcours. « J’avais envie de travailler avec la nature, pas contre elle ! J’étais aussi très intéressé par la bio. Il me fallait du changement. Avant de me lancer, j’ai fait un tour d’horizon des alternatives agricoles : en Suède au sein d’un éco-village en permaculture, du woofing dans le sud de la France, aux Etats-Unis, en Jamaïque, à Cuba… Ces expériences m’ont permis de construire et d’affiner mon projet sur la ferme ».

La ferme familiale est conduite en conventionnel par son père Louis Laloux, avec des taurillons à l’engraissement, des grandes cultures industrielles, des betteraves à sucre, des pommes de terre... Au moment où la transmission se profile, Jérôme fait le point avec son père : « Le diagnostic Agriculture Paysanne nous a apporté un nouveau regard sur la ferme et les pratiques, il nous a permis de mettre en évidence certaines choses, comme la présence d’OGM dans le soja… ». Jérôme se forme, effectue un stage chez un paysan-boulanger, qui fait aussi de l’élevage : « Cette expérience m’a totalement convaincu ! Une remise à l’herbe, les bovins qui pâturent et fertilisent, le fumier qui retourne à la terre… un système complet, cohérent en agriculture et adapté à la réponse climatique ». Le projet fait son chemin, la transition vers la bio est actée et démarre dès 2016.

À partir de 2017, Jérôme diversifie progressivement les activités de la ferme qui s’étend sur 55 hectares. Attaché à l’écoconstruction, il en rénove une partie en utilisant des matériaux locaux et auto construit son four à bois, en lien avec Initiatives Paysannes. Lors de chantiers participatifs, 60 bénévoles viennent apprendre les techniques du torchis en échange d'un coup de main. « Je cultive différents types de céréales. Du sarrasin, du blé, de l’épeautre et du seigle. Je les sème, je les récolte, je les trie et les stocke. Le pain et la production de farine ont démarré en mars 2019 et je commercialise aujourd’hui en direct : à la ferme, localement via des magasins spécialisés, comme aux Fermiers de l’Artois à Gavrelle. » Entre temps, il a remonté un élevage de 12 vaches allaitantes limousines qui passe en bio cette année : pour cela, il a recréé des pâtures, pratique le pâturage tournant et fait brouter ses couverts d’interculture. « Le troupeau est en cours de conversion, la première vente de caissettes de viande a lieu ce printemps. L’aboutissement de réflexions mises en route en 2017 ! » D'autres cultures sont produites à la ferme : pommes de terre, betteraves rouges et légumineuses commercialisées via Norabio et Biocer. Investi dans de nombreux projets, adhérent à Bio en Hauts-de-France depuis plusieurs années, Jérôme aime l’idée de faire connaître son activité, de dynamiser le territoire et de proposer de bons produits fermiers aux riverains des alentours. « Partager mon parcours, montrer les atouts de la bio et pourquoi pas inspirer d’autres acteurs, c’est important pour moi. J’ai d’ailleurs organisé des portes ouvertes lors de la dernière campagne Manger Bio et Local, en 2019, une bonne occasion de présenter notre travail. »

Pour faire aboutir son projet, Jérôme a bénéficié récemment d’aides de la Communauté Urbaine d’Arras et a monté des PCAE pour obtenir des financements. « On a replanté 400 mètres de haie sur la ferme en 2018, 200 mètres sont encore prévus en 2022 » Grâce à ces aides, il a aussi pu clôturer des parcelles labourables en électrifié, pour recréer des prairies temporaires et faire pâturer ses couverts. « Aujourd’hui j’aspire à stabiliser les projets développés sur la ferme et trouver un équilibre de vie. Et pourquoi pas aller vers l’agroforesterie à moyen terme ? »

Crédit : Tessa Durand, Bio en Hauts-de-France