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Une première cuvée samarienne d'ici à 4 ans

Baisse des aides, des prix du blé… Maximilien de Wazières a senti qu’il devait diversifier son exploitation

pour la pérenniser. En plus d’être céréalier, il est désormais vigneron près de la frontière sud du Pas-de-Calais.

 

 

TERRES ET TERRITOIRES | 31 AOÛT 2018 | ALIX PÉNICHOU

 

MAXIMILIEN DE WAZIÈRES EN 3 DATES

2011.

Maximilien de Wazières reprend la ferme familiale.

1er janvier 2016.

Une nouvelle réglementation libéralise les plantations de vignes.

Décembre 2017.

Le terrain est préparé, la clôture de protection du gibier est posée, et une partie des 10 000 pieds est plantée.

DU VIN SAMARIEN, UNE UTOPIE ?

Encore un peu de patience, et la première vigne du département livrera son délicieux nectar. Premier millésime en 2020, à déguster en 2021. Cette création est le fruit du travail et du pari osé que fait Maximilien de Wazières, polyculteur à Terramesnil, village frontalier du Pas-de-Calais.
« L’exploitation de 200 hectares est très classique, avec des cultures de céréales, colza et betteraves essentiellement, expliquet-il. Lorsque j’ai repris cette ferme familiale, en 2011, j’ai voulu diversifier pour la pérenniser. »
La baisse des aides et les prix des céréales très volatiles ont été les principales motivations. Le jeune agriculteur a commencé par mettre un terme à l’élevage de bisons de ses parents, « car l’élevage est très prenant », puis planté 6 ha de noyers en 2013, dans les terres les plus vallonnées, impossibles à cultiver.
Les premières noix de table, pour les plus belles, et bouteilles d’huile de noix, pourront être commercialisées en 2023. Mais Maximilien et sa femme, Sarah, amateurs de bon vin depuis toujours, ont également l’idée de cultiver la vigne. Une envie qui lui vient pendant ses cinq années d’études à l’ESA (École supérieure d’agricultures) d’Angers, où Maximilien a l’occasion de rencontrer des vignerons du Bordelais et de Bourgogne, qui confirmeront son attrait pour l’oenologie. « Aujourd’hui, certains sont devenus des amis. Une vigne picarde, ça les a bien fait rire ! Mais ils sont curieux de ce que ça va donner». La nouvelle  réglementation de 2016 qui libéralise les plantations de vignes est un déclic.
Le tout nouveau vigneron a bien étudié le projet avant de se lancer dans un investissement de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Choix minutieux de la parcelle, avec études de sol préalables… 3,5 ha sont finalement définis, dans les terres pentues, calcaires, avec une exposition plein sud, qui bénéficient donc d’un ensoleillement idéal. « Une parcelle peu productrice en cultures de céréales, mais qui se prête bien à la vigne ».

CHARDONNAY ET PINOT NOIR

FranceAgriMer donne l’autorisation en 2017. Le terrain est préparé, la clôture de protection du gibier est posée, et une partie des 10 000 pieds est plantée en décembre 2017. L’autre partie l’est en mars 2018. « Il s’agit de chardonnay et de pinot noir. Des cépages septentrionaux adaptés au terroir pour la production de vins tranquilles, 70 % de blanc et 30 % de rouge ». Ces variétés précoces induiront une vendange fin septembre ou début octobre. Il faudra quatre ans aux pieds de vigne pour produire les  premières grappes de raisin de qualité suffisante pour élaborer un vin. Ils devraient ensuite livrer leurs meilleurs fruits dans six ou sept ans, et ont une espérance de vie moyenne de 40 ans.

UN CALENDRIER INTELLIGENT

Le projet a été réalisable car le travail à la vigne se conjugue très bien avec celui des champs. « Hormis la vendange, soit quinze jours pendant lesquels nous devrons embaucher six ou sept saisonniers, la période la plus intense est l’hiver, pour la taille. Au printemps, nous réalisons aussi la taille en vert, car la vigne pousse dans tous les sens. Il faut pratiquer le rognage, qui consiste à couper l’extrémité des rameaux, pour maximiser la pénétration du soleil. » Ces travaux motiveront, à terme, l’embauche d’un salarié à plein-temps.
L’été, pendant la moisson, la vigne ne nécessite que de la surveillance et quelques traitements, qui seront de moins en moins nombreux à Terramesnil, car Maximilien souhaite produire du vin bio. Le désherbage mécanique sera donc de mise et tout est déjà pensé : des interrangs de 3 m de large permettent l’utilisation du matériel de traction existant.
Reste à acheter le matériel de vinification – « d’occasion, pour réduire les coûts » – : cuve, fûts… Et à l’installer dans la ferme, car Maximilien met un point d’honneur à transformer sur place. Le délicat travail de fabrication du vin (foulage, pressurage, fermentation, clarification…) sera confié à un maître de chai. « C’est un travail d’expert, alors nous voulons absolument être bien accompagnés.
La règle pour ne pas faire du vinaigre ! » Un camion se déplacera aussi sur place pour la mise en bouteilles. La vente, elle, se fera en circuits courts, à la ferme ou dans les restaurants et cavistes locaux. « Ils se montrent intéressés, mais veulent évidemment tester avant d’acheter ». Le projet s’inscrira également dans une démarche éducative locale, avec des visites régulières. Pour financer le projet, le vigneron a misé sur le financement participatif, avec des achats de vin en primeur. La totalité du premier millésime est d’ailleurs prévendue. La marque portera le doux nom de la fille aînée du couple : la Cour de Bérénice.